Première partie ici

Source: Flickr

1.1.1  Une équipe pédagogique : une légitimité renforcée pour le professeur documentaliste

1.1.1.1       Le professeur documentaliste une expertise professionnelle nécessaire au projet

Pour les professeurs documentalistes, l’idée de participer à cette expérimentation est enrichissante : nous travaillons avec des compétences info-documentaires, et même si en début de carrière, je m’attachais encore à mettre des notes pour faire comme mes collègues et peut être légitimer mon statut d’enseignante, j’ai très vite pris le contre pied de la note qui à mon sens n’apportait pas grand chose de constructif dans l’acquisition des savoirs des élèves. Aussi, mes recherches personnelles et mon expertise quant à la construction de grilles de compétences s’avéraient être un atout dans l’expérimentation.

Par ailleurs, ma place dans cette expérimentation s’est avérée légitime pour d’autres raisons : dans mon établissement les enseignants ont l’habitude de travailler avec le professeur documentaliste. Ils construisent beaucoup de projets. Ainsi, mon rôle en tant que professeur documentaliste, tant par le fait que je suis présente plus longuement dans l’établissement (30h pour un temps plein) que les enseignants, donc plus disponible sur place pour tout le monde. Mais aussi par le fait que la formation à la démarche de recherche informationnelle est aussi transdisciplinaire dans la construction des savoirs et favorise la mise en place d’un lien facilitant entre les différents acteurs pédagogiques. De ce fait, cette place privilégiée m’a permis dès le départ de l’expérimentation d’aider les enseignants à organiser des projets interdisciplinaires qui ont fait l’objet d’une expérimentation liée étroitement à celle de la question de l’évaluation. Pour les collègues, et l’administration, il était évident que le professeur documentaliste participe à ce projet.

 

1.1.1.2       Une inclusion pédagogique entière qui renforce la légitimité du professeur documentaliste comme un enseignant à part entière dans l’établissement.

Dans l’expérimentation des classes EPC, ce qui a pu renforcer ma position en tant qu’enseignante, pas du point de vue des collègues pour qui le professeur documentaliste est un collègue à part entière, mais dans les représentations des élèves mais aussi des parents, c’est l’inclusion totale du professeur documentaliste à l’équipe dans toutes les réunions pédagogiques de la classe.

Le professeur documentaliste, seul représentant de sa discipline, est invité à toutes les réunions pédagogiques et autres : conseil d’enseignements de plusieurs disciplines, conseil pédagogique, CESC[1], conseil école collège. Bien sûr je participe à toutes ces réunions. Celles auxquelles je ne participais pas jusqu’alors étaient les réunions parents professeurs et les conseils de classe.

Faisant partie intégrante du projet, je me suis évidemment incluse dans la préparation, l’organisation et le déroulement de ces réunions. Nous avons choisi de modifier l’organisation de ces réunions (voir 2.4 Repenser le conseil de classe et les rencontres parents-professeurs).

Nous avons choisi de scinder l’année en semestres, cela nous permettant d’avoir une plus longue période pour évaluer les élèves. Ainsi, pour ne pas générer d’inquiétudes aux parents nous avons donc choisi d’organiser une réunion parents - professeurs dès le mois d’octobre. L’intégration des enfants dans des classes dites « expérimentales » génère à juste titre un questionnement du point de vue des parents qui attendent des réponses. Aussi, nous avons préparé la réunion comme suit : nous avons organisé une réunion plénière avec les chefs d’établissement durant laquelle nous avons répondu aux questions générales des parents, toute l’équipe était présente. Y compris le professeur documentaliste. Ayant activement participé à l’élaboration de ces réunions et ayant pleinement contribué à l’organisation de l’expérimentation, j’ai été amené à prendre la parole devant les parents au même titre que mes collègues afin de leur expliquer les tenants et les aboutissants de l’expérimentation. Ma qualité d’enseignante était pleine et entière à ce moment, car j’ai pu parler évaluation au même titre que mes collègues. Mon expertise pédagogique et didactique s’en est trouvée renforcée grâce à cette position particulière qu’il m’a été donné d’avoir devant les parents et les enfants de 6ème. Je pense que cette expérience confortera ma position spécifique dans l’établissement dans la conception de ce qu’est le CDI et du rôle du professeur documentaliste pour ces parents. Je tiens à expliciter cette particularité car pour les parents de certaines autres classes de 6ème (qui ne font pas partie de l’expérimentation), des remarques ont été observées lors des conseils de classes des premiers et seconds trimestres, reprochant que le CDI n’était pas ouvert très souvent. Le lieu CDI en tant que salle d’accueil pour les élèves de permanence n’est effectivement pas ouvert à chaque heure car le professeur documentaliste enseigne à ces moments à d’autres classes, l’accueil double durant ces horaires s’avère impossible puisque le personnel n’est pas suffisant et le nombre de places disponibles non plus.

Après la réunion plénière, nous avons accueilli les parents et les élèves individuellement, afin de discuter avec eux de l’intégration au collège de leur enfant. Nous avons constitué des trinômes : un enseignant de science, un enseignant de littérature, sciences humaines ou langue, un enseignant de discipline artistique culturel ou sportive. Afin de préparer cette réunion nous avons en amont organisé une réunion de concertation l’après midi même où nous avons discuté de chaque élève. Chaque enseignant a pu s’exprimer autour de différents points :

  • le comportement de l’élève, son intégration au groupe classe,
  • son attitude face au travail,
  • ses atouts/ difficultés dans la matière.

Tous les élèves des deux classes ont été observés. Les enseignants ont donné leurs appréciations sur le travail, le comportement, l’attitude et l’intégration de l’élève dans la classe. Je dois dire que cette réunion s’est avérée très enrichissante pour chacun d’entre nous. Nous avons pu discuter de certains élèves pour qui les points de vue n’étaient pas identiques selon les disciplines. Nous avons aussi eu des informations sur certains élèves qui permettent d’expliquer certains comportements ou certaines difficultés. En général le professeur documentaliste n’a pas accès directement à ces informations hormis cas très difficile, et encore cela se fait souvent de manière officieuse en salle des professeurs ou dans un couloir, nous ne mettons pas toujours un visage sur l’élève car nous voyons un nombre trop important d’élèves et pas forcément de façon régulière. Là cette analyse est effectuée en équipe et tous les acteurs se sentent pleinement impliqués. Y compris l’administration qui participe et apprend aussi à connaître mieux ces élèves. Harmoniser autour des élèves prend du temps mais s’avère efficace pour la suite, tant pour la gestion de classe, que pour la prise en compte des difficultés des élèves. Les enseignants peuvent aussi échanger entre eux et réfléchir ensemble à de nouvelles pratiques pédagogiques pour faire avancer l’élève.

Lors de la réunion parents-professeur, les parents accompagnés de leurs enfants étaient conviés à s’entretenir avec un trinôme. J’ai donc participé à un trinôme : professeur de mathématiques et de SVT. Au départ, je n’étais pas très à l’aise de devoir prendre la parole avec des parents pour parler de l’implication scolaire de leur enfant. Pourtant cet exercice s’est avéré très intéressant. D’abord, nous avions pris des notes sur tous les élèves afin d’harmoniser notre discours. Le parti pris par les enseignants lors de cette réunion n’était pas de parler individuellement de la matière mais de questionner l’élève sur sa place dans la classe, sur la façon dont il a vécu et vit sa rentrée, et de lui rapporter les remarques faites par l’équipe pédagogique lors de la réunion organisée en amont.Le message que nous souhaitions faire passer en plus des éléments classiques de la réunion parents professeurs était que nous étions une équipe qui communique et que nous travaillions ensemble pour faire réussir les élèves. Aussi, lorsque certains parents ont souhaité voir plusieurs trinômes voire tous, ils se sont trouvés confrontés à des enseignants qui leur apportaient quasiment le même discours.

Cette expérience m’a apporté plusieurs choses. J’ai appris à connaître différemment mes élèves, j’ai pu prendre conscience de certaines difficultés que je n’aurais pas détectées aussi rapidement sans cette réunion par exemple, apprendre qu’un élève est dyslexique, ou encore qu’un autre ne doit pas être installé pour son confort de travail à côté d’un tel qui ne l’aide pas à se concentrer. Du coup, cela m’a permis de  mettre en place des stratégies pédagogiques pour accompagner les obstacles au travail de ces élèves. J’ai aussi pu créer un contact professionnel avec les parents et les enfants. J’ai pu affirmer lors des entretiens ma place en tant qu’enseignante. Lorsque certains parents ont exprimé leurs angoisses ou leurs peurs quant à la charge de devoirs à faire le soir, j’ai pu aussi réaffirmer mon rôle dans le collège et leur expliciter que je pouvais les accompagner dans leurs travaux. J’ai pu ainsi dresser la liste des élèves dont les parents souhaitaient une aide particulière pour accompagner les élèves dans leurs devoirs. Cela m’a permis de suivre certains élèves plus spécifiquement lorsqu’ils venaient au CDI pendant leurs heures de permanence.

Concernant le conseil de classe, celui-ci s’est avéré aussi très enrichissant. Le conseil de classe s’est organisé avec un pré conseil de deux heures en présence des chefs d’établissement et une réunion plénière avec les parents d’élèves enchaînant avec la remise des bulletins par trinôme.

Le conseil de classe a présenté les élèves individuellement et discuté des évolutions, de l’acquisition des compétences. Là encore, j’y ai trouvé toute ma place, ayant travaillé dans de nombreux projets avec les élèves, ayant évalué plusieurs compétences relayées par l’outil Sacoche. La documentation figurait à sa place dans le bulletin. Je n’ai pas assisté au pré conseil avec les parents car je menais une séance pédagogique à ce moment, par contre j’ai participé à la remise des bulletins. Comme nous avons préparé et construit ensemble les outils, je me suis inscrite à ma place dans la remise des bulletins proposant avec mes collègues des solutions d’équipe etc.

Cette expérience a à mon sens renforcé la notion de collaboration. De travail d’équipe. Le discours ne se construit plus autour du professeur principal mais d’une équipe entière dont chaque voix est relayée.



[1] CESC : Conseil d’éducation à la santé et à la citoyenneté